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Arman (1928 – 2005)

  

BIOGRAPHIE : 

 

Armand Pierre Fernandez, dit Arman, est un artiste français né à Nice en 1928. Peintre de techniques mixtes, sculpteur et créateur d'accumulations de renommée internationale, son œuvre est d'abord rattachée au mouvement abstrait puis au groupe des Nouveaux Réalistes qui préconisent l'utilisation de matériaux de récupération. Il est avec Yves Klein, Jean Tinguely ou encore César l’un des principaux représentants de ce mouvement.

 

Diplômé de l'Ecole Nationale d'Art décoratifs de Nice, il intègre l'Ecole du Louvre de 1949 à 1951.

 

A Paris, il fait la connaissance d'Yves Klein avec qui il organise des « happenings » et des actions artistiques à partir de 1953. Une rencontre qui sera à coup sûr décisive pour la suite de sa carrière artistique. Très influencé par le post-cubisme, le figuratif et l'abstrait, Arman s'éloigne de ce mouvement et invente dès 1955 ses Cachets en utilisant des tampons encreurs avec lesquels il frappe son support papier pour y imprimer à l'encre des lettres et des formes souvent répétées dont il recouvre la toile, tout en jouant sur les couleurs d'encre.

 

Il franchit une autre étape dans l'expérience en y projetant divers objets encrés. A partir de 1957, en relation avec le milieu de la musique concrète qu'il connaît par l'intermédiaire de son épouse musicienne, Arman a recourt à des objets enduits de peinture dont il dépose la trace sur la surface de la toile, ce sont ses Allures objets.

 

Dès 1959, vient la période des Poubelles, des boîtes transparentes coulées dans des blocs de Plexiglas contenant des détritus et parfois des portraits-robots de ses amis réalisés à partir de leurs propres déchets insérés dans la composition. L'événement marquant de cette période est assurément l'exposition Le Plein en 1960 où il remplit la galerie Iris Clert à Paris de détritus en tous genres aussi bien des produits de consommation de luxe que des objets de la vie quotidienne. Cette manifestation était un pendant à l'exposition Le Vide d'Yves Klein en 1958 où cette même galerie s’était retrouvée complètement " nue ".

 

Cette période marque le début de ses Accumulations, œuvres où de nombreuses versions d'un objet de la vie quotidienne sont enchâssées dans des vitrines ou incluses dans du polyester. Par cette démarche, Arman donne le statut d'œuvre d'art à des objets quelconques. Une approche qui s'apparente à celle des Ready Made de Marcel Duchamp. Dans le même temps et à l'instigation de Pierre Restany, il signe le 14 avril 1960 à Milan, avec une dizaine d'autres artistes dont Yves Klein, le premier manifeste du Nouveau Réalisme qui définit le renouveau du langage artistique des années 1960.

 

En juillet 1961 : la revue " Zero (n°3) " publie le texte d’Arman “Réalisme des Accumulations” dans lequel l’artiste exprime sa démarche : " Dans la recherche de créations nouvelles, recherche rendue nécessaire par la carence et la fatigue des peintures hédonistes et des peintures gestuelles, j’ai, d’une manière consciente, exploré le secteur des détritus, des rebuts, des objets manufacturés réformés, en un mot : les inutilisés. […..]Dans les inutilisés, un moyen d’expression attire tout particulièrement mon attention et mes soins ; il s’agit des accumulations, c’est-à-dire la multiplication et le blocage dans un volume correspondant à la forme, au nombre et à la dimension des objets manufacturés.
Dans cette démarche nous pouvons considérer que l’objet choisi ne l’est pas en fonction des critères dada ou surrealistes ; il ne s’agit pas là de décontexter un objet de son substrat utilitaire, industriel ou autre pour lui donner par un choix de présentation ou une inclinaison de son aspect, une détermination tout autre que la sienne propre ; par exemple anthropomorphisme, analogie, réminiscences, etc., mais il est question bien au contraire de le recontexter en lui-même dans une surface sensibilisée x fois par sa présence dupliquée …. "
.

 

En 1961, il poursuit son travail sur l’objet et apparaissent ses premières Colères notamment à l’occasion d’un film tourné par NBC pour les actualités. Arman réalise en direct devant la caméra une Colère de contrebasse, à laquelle il donne le titre NBC Rage.

 

Ses Colères, manifestations généralement réalisées en public, sont supposées faire évoluer les Accumulations vers une forme absolue de Chaos. Mais elles ne sont pas sytématiquement interprétées comme telles par le public et les critiques. Certains y voient au contraire une nouvelle forme de beauté voire une dimension poétique.

 

En 1963, Michel Ragon remet en cause la finalité de la démarche d’Arman dans Cimaise de juillet-août : " […] On entrevoit chez Arman ce que pourrait être un art de l’avenir et cette vision est sans cesse gâchée par des clins d’œil humoristiques, des gags plus ou moins dadaïstes. Les objets désarticulés sont une sorte de cubisme plus vrai que nature. Mais ce n’est pas là qu’Arman entrouvre la porte d’un devenir. C’est dans l’objet de série, multiplié, juxtaposé et dépaysé par le nombre, l’objet foule, l’objet anonyme soudain proposé à la promotion d’oeuvre d’art. "

 

Les œuvres d'Arman traduisent la dualité qui existe entre l'acte de création et celui de destruction. Tout au long de sa carrière, il va accumuler, couper, décomposer et recomposer l'objet, lui enlever sa dimension utilitaire, mais avec toujours un mot d'ordre : préserver son apparence suivant la devise du chimiste Antoine Lavoisier « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

 

A partir des années 1980, il s'oriente vers le monumental voire le gigantisme puisqu'il accumule d'immenses objets dans du béton, comme par exemple des ancres marines, des guitares ou des voitures (il collabore avec Renault).

 

Arman partage la fin de sa vie entre New York – il prend la nationalité américaine en 1972 – et l'Europe où il fait l'objet de nombreuses expositions.

 

Le Centre Pompidou Paris lui consacre une rétrospective en 2010.

 

Les multiples d’Arman

 

En juin 1970, à Paris, une exposition de multiples réalisés par Arman est présentée dans la galerie Ileana Sonnabend.
Ce genre nouveau pour l’artiste est reçu par le public comme une évolution logique de la démarche d’Arman. Dans Les Lettres françaises (22 juillet), Catherine Millet exprime : "Il semble tout à fait logique que celui qui s’est fait le champion de l’Accumulation, qui a symbolisé le travail à la chaîne, en vienne lui-même à produire des multiples ".

 

De même Bernard Borgeaud, écrit dans la revue Arts Magazine de novembre cette même année : “Arman montre ses dernières œuvres chez Sonnabend. Ce sont des multiples. On trouve immédiatement dans son exposition les bases constantes de son oeuvre : une violente agressivité, un esthétisme raffiné et décadent qui conjugue panache délibéré et humour mordant. En décidant de multiplier quelques-unes de ses œuvres, Arman aborde une nouvelle phase de son attitude envers l’objet usuel. […] Arman n’est pas du genre à combattre un système dont il bénéficie : il prend acte d’un phénomène sociologique et ajoute un nouveau chapitre à son répertoire. Avec un parfait cynisme, il s’approprie toute une série de Fleurs de Warhol et en fait une série qu’il appelle Colères accumulatives de la façon la plus magnifiquement provocante. Il est rare qu’Arman soit parvenu à une telle intensité dans ce mélange d’esthétisme et d’agressivité."

  

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